Monsieur le
Président,
Vous avez eu
l’amabilité de me recevoir, au siège de la SECF,
le jeudi 23 décembre 2004 à 11 h après que je vous aie eu
adressé, à votre
demande, une note critique de 6 pages relative
aux
dispositions réglementaires du stud-book Trotteur Français.
Je dois vous
faire part de ma déception d’avoir dû, durant
cet entretien, sans jamais pouvoir aborder le sujet de l’organisation
de
l’élevage de façon cartésienne et à la lumière des connaissances
actuelles,
écouter votre plaidoyer justifiant les dispositions auxquelles les
éleveurs
sont assujettis. J’ai, certes, appris que les premières courses de trot
datent
de 1790 en Russie et 1836 en France, de même que votre grand-père était
l’un
des deux acteurs fondateurs de
Je constate donc
que vous éludez totalement les outils de
statistiques probabilistes ainsi que les concepts de potentiel
génétique,
d’héritabilité et d’effets du milieu. Cela est stupéfiant pour une
institution
qui a en charge l’avenir d’une race et, bien évidemment, son évolution
génétique conditionnant, notamment, son devenir dans la compétition
internationale.
Je vous
rappelle, de façon non exhaustive, ce qui nous semble
représenter de graves errements dans la politique de l’élevage du
Trotteur
Français, à savoir :
•L’interdiction
du transport du sperme, qui pénalise
inutilement de très nombreux éleveurs, en coût de transport et de
pension ainsi
qu’en accroissement notable des risques sanitaires. Je n’ai entendu
aucun
argument sérieux pour justifier un tel arbitraire.
•Le principe de
la réduction des effectifs, qui constitue un
dispositif artificiel, lourd de conséquences parce qu’il affecte la
base de
sélection. De plus, il décourage de nombreux éleveurs, investisseurs et
pourvoyeurs de parieurs, en particulier sur les hippodromes de province.
•La nature même
des critères de sélection utilisés, qui
représentent un imbroglio de conditions incohérentes, modifiées tous
les ans et
sans fondement scientifique.
•La fermeture du
Livre, qui prive la population de Trotteurs
Français des meilleurs gènes étrangers et dont la suppression
permettrait le
nécessaire brassage génétique générateur de progrès.
Point n’est
besoin d’appliquer une telle politique pour
assurer l’adéquation des ressources aux dépenses, sauf à avoir pour
objectif de
gratifier certaines catégories d’éleveurs. L’essence même de cette
filière
étant la compétition, il suffit de respecter intégralement cet état
d’esprit en
répartissant les ressources disponibles aux meilleurs sur les pistes.
Pour notre part,
nous considérons que cette politique est
hautement critiquable :
•Au plan de
l’économie, puisqu’elle impose des frais et des
risques inutiles, affecte le progrès génétique et décourage de nombreux
éleveurs dont le rôle économique, comme précisé ci-avant, n’a jamais
été pris
en considération. Faut-il rappeler que cet élevage est entre les mains
d’environ 8 000 éleveurs qui ne possèdent pas plus de 2
poulinières chacun
en moyenne ? Pour certains, cette myriade de petits éleveurs doit
disparaître ;
il nous semble pourtant que ces acteurs passionnés et dynamiques
représentent
les forces vives de la filière, sans oublier les parieurs et les
propriétaires
auxquels ils sont, en grande partie,
intimement liés.
•Au plan
scientifique, car le stud-book ne met pas en place
un véritable programme d’amélioration génétique, comme le prévoit le
législateur alors que les institutions et les connaissances existent
pour gérer
le progrès génétique et la variabilité d’une population raciale.
•Au plan de
l’éthique, les critères faisant office de
sélection sont en rapport bien plus avec l’environnement des chevaux
qu’avec
leur réel potentiel génétique. Ce dispositif favorise donc certaines
catégories
d’éleveurs au détriment du progrès génétique. Cette situation est
inacceptable.
Sans remettre en cause le processus démocratique affiché, il est
légitime de se
demander si la majorité des éleveurs concernés est structurellement
bien
représentée au stud-book.
En conséquence,
je vous informe que je rendrai publique la
présente missive et que, dans le respect des institutions, nous
mettrons en
œuvre tous les moyens de droit pour faire évoluer la situation.
Je vous adresse,
Monsieur le Président, mes salutations
distinguées.
Le Président du GEMTROT, Jacques BOULLY.