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Lettre ouverte au Président de la SECF, le 8 janvier 2005

Monsieur le Président,

Vous avez eu l’amabilité de me recevoir, au siège de la SECF, le jeudi 23 décembre 2004 à 11 h après que je vous aie eu adressé, à votre demande, une note critique de 6 pages relative aux dispositions réglementaires du stud-book Trotteur Français.

Je dois vous faire part de ma déception d’avoir dû, durant cet entretien, sans jamais pouvoir aborder le sujet de l’organisation de l’élevage de façon cartésienne et à la lumière des connaissances actuelles, écouter votre plaidoyer justifiant les dispositions auxquelles les éleveurs sont assujettis. J’ai, certes, appris que les premières courses de trot datent de 1790 en Russie et 1836 en France, de même que votre grand-père était l’un des deux acteurs fondateurs de la race Trotteur Français, mais je n’ai pas compris en quoi cette avalanche de données historiques justifiait l’actuelle politique d’élevage de la SECF. Je n’ai également pas compris votre critique, s’appuyant sur les déboires des OGM aux Indes, de la démarche des scientifiques !...

Je constate donc que vous éludez totalement les outils de statistiques probabilistes ainsi que les concepts de potentiel génétique, d’héritabilité et d’effets du milieu. Cela est stupéfiant pour une institution qui a en charge l’avenir d’une race et, bien évidemment, son évolution génétique conditionnant, notamment, son devenir dans la compétition internationale.

Je vous rappelle, de façon non exhaustive, ce qui nous semble représenter de graves errements dans la politique de l’élevage du Trotteur Français, à savoir :

•L’interdiction du transport du sperme, qui pénalise inutilement de très nombreux éleveurs, en coût de transport et de pension ainsi qu’en accroissement notable des risques sanitaires. Je n’ai entendu aucun argument sérieux pour justifier un tel arbitraire.

•Le principe de la réduction des effectifs, qui constitue un dispositif artificiel, lourd de conséquences parce qu’il affecte la base de sélection. De plus, il décourage de nombreux éleveurs, investisseurs et pourvoyeurs de parieurs, en particulier sur les hippodromes de province.

•La nature même des critères de sélection utilisés, qui représentent un imbroglio de conditions incohérentes, modifiées tous les ans et sans fondement scientifique.

•La fermeture du Livre, qui prive la population de Trotteurs Français des meilleurs gènes étrangers et dont la suppression permettrait le nécessaire brassage génétique générateur de progrès.

Point n’est besoin d’appliquer une telle politique pour assurer l’adéquation des ressources aux dépenses, sauf à avoir pour objectif de gratifier certaines catégories d’éleveurs. L’essence même de cette filière étant la compétition, il suffit de respecter intégralement cet état d’esprit en répartissant les ressources disponibles aux meilleurs sur les pistes.

Pour notre part, nous considérons que cette politique est hautement critiquable :

•Au plan de l’économie, puisqu’elle impose des frais et des risques inutiles, affecte le progrès génétique et décourage de nombreux éleveurs dont le rôle économique, comme précisé ci-avant, n’a jamais été pris en considération. Faut-il rappeler que cet élevage est entre les mains d’environ 8 000 éleveurs qui ne possèdent pas plus de 2 poulinières chacun en moyenne ? Pour certains, cette myriade de petits éleveurs doit disparaître ; il nous semble pourtant que ces acteurs passionnés et dynamiques représentent les forces vives de la filière, sans oublier les parieurs et les propriétaires auxquels ils sont, en grande partie, intimement liés.

•Au plan scientifique, car le stud-book ne met pas en place un véritable programme d’amélioration génétique, comme le prévoit le législateur alors que les institutions et les connaissances existent pour gérer le progrès génétique et la variabilité d’une population raciale.

•Au plan de l’éthique, les critères faisant office de sélection sont en rapport bien plus avec l’environnement des chevaux qu’avec leur réel potentiel génétique. Ce dispositif favorise donc certaines catégories d’éleveurs au détriment du progrès génétique. Cette situation est inacceptable. Sans remettre en cause le processus démocratique affiché, il est légitime de se demander si la majorité des éleveurs concernés est structurellement bien représentée au stud-book.

En conséquence, je vous informe que je rendrai publique la présente missive et que, dans le respect des institutions, nous mettrons en œuvre tous les moyens de droit pour faire évoluer la situation.

Je vous adresse, Monsieur le Président, mes salutations distinguées.

Le Président du GEMTROT, Jacques BOULLY.