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Rencontre avec Jacques Boully

Le samedi 19 février, nous avons rencontré Jacques BOULLY, Président du GEMTROT, petite association dynamique d’éleveurs de trotteurs de l’Ouest dont le siège est aux frontières du Maine et Loire et de la Mayenne.

Turf Sud-Ouest : Monsieur BOULLY, que nous vaut le plaisir de votre visite ?

Jacques BOULLY : Comme c’est l’usage entre associations sœurs qui entretiennent de cordiales relations, j’ai été aimablement invité par Mme la Présidente Brigitte ARNAUDIS. Il est instructif de participer à ce type de réunion car nous avons toujours des leçons à prendre à l’extérieur. De plus, la présence de Monsieur ESSARTIAL qui venait donner des éclaircissements sur la politique d’élevage du Trotteur Français m’intéresse au plus haut point, compte tenu des graves problèmes que pose cette politique.

T.S.O. : Il semble que vous ne partagiez pas les mêmes opinions que Monsieur ESSARTIAL. Quels sont précisément les points sur lesquels vous n’êtes pas d’accord ?

J.B. : À mon avis, cette politique est très protectionniste à court terme et ne respecte pas la majorité des éleveurs qui constituent le tissus dynamique de la filière du Trotteur Français. Les principales dispositions préjudiciables pour cette filière sont :

•L’interdiction de transporter le sperme d’étalons, que rien ne justifie. Transporter le sperme, au lieu de transporter la jument et bien souvent son foal, génère de substantielles économies, sécurise au plan de la santé des juments et des foals et offre une égalité des chances à tous les éleveurs.

•La nature des critères de sélection appliqués, qui agissent beaucoup plus sur les acteurs éleveurs et le reste de l’environnement que sur les reproducteurs. Sous prétexte d’amélioration génétique, ce sont d’autres objectifs qui sont visés.

•Le principe de la réduction des effectifs qui a pour objectif de partager les ressources entre moins de bénéficiaires. La conséquence est dans l’immédiat la condamnation de nombreux éleveurs et, à plus long terme, un appauvrissement de la population raciale ainsi qu’une baisse du dynamisme de la filière, pouvant aller jusqu’aux parieurs sur les hippodromes de province.

•La fermeture du stud-book. Le maintien d’un potentiel génétique performant par rapport aux étrangers ne peut se faire que s’il y a possibilité de brassage génétique.

T.S.O. : La SECF justifie cette politique en défendant la spécificité de la race Trotteur Français, afin d’éviter que les étrangers ne viennent piller nos allocations. Qu’en pensez-vous ?

J.B. : Cette préoccupation est parfaitement légitime mais elle ne doit sacrifier ni le progrès génétique, ni les éleveurs. La spécificité du Trotteur Français est une invention bien fragile et qui ne résout aucun problème. Notre Trotteur est régulièrement mis en compétition avec des étrangers et cela ne peut que s’amplifier dans le futur, Europe oblige. Il me semble que pour être efficace dans le temps, les bonnes orientations doivent être :

a) Maximiser le progrès génétique de notre race et dynamiser la filière. Étant donné qu’un étalon a la capacité de reproduire 100 fois plus qu’une jument, il faut donc commencer par sélectionner les étalons sur un véritable critère génétique de synthèse et gérer la consanguinité en procédant par famille. Le transport du sperme et l’autorisation d’utiliser des géniteurs étrangers sont de nature à favoriser le progrès génétique et à dynamiser les acteurs. La meilleure façon de défendre nos allocations est de les gagner grâce à nos qualités.

b) Définir des critères de participation qui homogénéisent la valeur des compétiteurs d’une course. Le critère total de gains doit être abandonné en raison de la distorsion d’attribution des allocations entre la France et l’étranger et remplacé par un dispositif rendant compte objectivement de la valeur du cheval telle que le record réduction kilométrique standardisé, par exemple.

La nature même de cette activité est la compétition, nous devons l’accepter avec loyauté mais tout mettre en œuvre pour être les meilleurs…

T.S.O.: Comme l’a mentionné, Monsieur ESSARTIAL, l’organisation de cette activité est de nature associative. Ne craignez-vous pas que trop de libéralisme ne tende vers une privatisation ?

J.B. : Je partage le point de vue qu’il faut absolument conserver cette organisation sous forme associative, de façon à ce que les acteurs en aient la maîtrise. Je pense que la suppression de règles absurdes telles que l’interdiction du transport du sperme ne met pas en péril ce statut. Je suis même très surpris de constater que, dans un système associatif, le transport du sperme soit toujours interdit, alors que 80 % des éleveurs se prononcent en sa faveur. On peut légitimement se demander comment est organisée la représentation et si le système est toujours réellement associatif !…

T.S.O. : Pour terminer, Monsieur BOULLY, pouvez-vous nous donner vos impressions sur l’élevage Trotteur du Sud-Ouest ?

J.B. : L’émergence de chevaux de grande qualité dans le Sud-Ouest est une formidable démonstration que le terroir n’est pas aussi important qu’on veut bien le dire mais que la qualité des hommes est primordiale. La réussite est le résultat de technicité, de travail et de patience.

Le GETSO montre un dynamisme exemplaire, en particulier avec la mise en œuvre de sa vente annuelle. Une telle entreprise est méritante car elle n’est pas aisée.

J’ai eu l’occasion d’observer, aujourd’hui, combien certains membres du GETSO, qui président à sa destinée, étaient actifs. Cela est de bon augure pour l’association mais aussi pour la filière Trotteur dont les éleveurs ont besoin d’être soutenus.

(Interview publiée dans TURF SUD-OUEST le 5 mars 2005)