Inbreeding… in
dépression
L’inbreeding est
une pratique bien
établie dans l’élevage du cheval. Elle a eu ses adeptes également dans
l’élevage d’autres espèces telles que l’espèce bovine où elle est
quasiment
tombée en désuétude et pour cause…
Il ne manque pas
d’éleveurs
passionnés pour vous prouver l’intérêt de ces « rappels de sang ». Ils
vous
donnent à méditer, par exemple, le cas du Classique TÉNOR DE BAUNE,
1’14 et 1,5
million d’euros, inbred 4x3 sur FANDANGO, 5x4 sur LOUDÉAC et 5x5 sur
JAVARI à
l’examen de cinq générations d’ascendants. Un zootechnicien averti
préciserait
qu’avec ces données, son taux de consanguinité est égal à 2,1 %, ce qui
est
encore relativement modeste. Ce à quoi il est possible d’ajouter que le
non
moins classique DÉFI D’AUNOU, 1’10 et 2,4 millions d’euros ne
présente
aucun inbreeding sur un examen similaire de sa généalogie.
Il est donc
patent que l’on ne
démontrera rien quant à l’intérêt de cette pratique, avec des cas
ponctuels, ni
dans un sens ni dans l’autre. Seules des statistiques globales et non
biaisées
donneront la tendance générale et la voie assurant la meilleure
probabilité de
résultat favorable.
Il est
aujourd’hui bien démontré sur
diverses espèces, de la volaille aux bovins en passant par le mouton et
le
porc, que l’élévation du taux de consanguinité est, en moyenne,
toujours
économiquement défavorable. La convergence des résultats s’explique par
le mode
de reproduction et de transmission du patrimoine génétique d’animaux à
reproduction sexuée.
Il est observé
trois types de
conséquences à l'effet consanguinité :
•
Un effet dépressif de
la performance d’un individu en rapport avec son taux de consanguinité.
Plus
celui-ci est élevé, plus il y a dépression. Il est enregistré une
baisse de la
productivité (quantité de lait, croissance musculaire, affaiblissement
des
capacités immunitaires et de la fécondité ainsi que d’une façon
générale
diminution de la longévité).
•
L’apparition de tares
héréditaires induites par des gènes majeurs récessifs. Cela peut se
concrétiser
parfois par la naissance de sujets malformés mais également de façon
plus
discrète par de l’infécondité et de l’avortement.
•
Un appauvrissement de
la variabilité génétique d’une population et donc, pour le futur, une
baisse de
sa capacité à progresser génétiquement.
Pourquoi
voudrions-nous que le cheval
soit exclu de ces lois de la biologie ?
Notons que dans
le cadre d’un
programme construit et pour des espèces où la valeur individuelle des
sujets
est faible et le cycle de reproduction rapide (volailles, par exemple)
il est
possible d’utiliser la consanguinité pour créer des lignées afin de
fixer
certains caractères. Il y a lieu alors de supporter beaucoup de pertes.
Ce
n’est que le croisement terminal de deux souches consanguines qui
fournit les sujets
à exploiter, non consanguins et particulièrement performants. Cette
pratique
est irréaliste en bovin ou en équin en raison de la valeur des
individus (500
ou 2000 fois plus importante…) et de la modeste prolificité (moins d’un
produit
par an en moyenne contre plusieurs dizaines voir plusieurs centaines).
L’éleveur de
trotteurs peut donc
choisir d’accroître ses chances, de perdre en jouant à la loterie ou de
réussir
en évitant la consanguinité… sans avoir oublié, bien évidemment, de
marier les
meilleurs potentiels génétiques !