Le GEMTROT argumente
sur le transport du sperme
Le
GEMTROT, association d’éleveurs de trotteurs de
l’Ouest, a déjà dans le passé fait connaître, parfois vigoureusement,
sa
position vis-à-vis du transport du sperme. Interrogeons, aujourd’hui,
Jacques
BOULLY, son Président élu le 29 mai dernier.
TOP
TROT : Le GEMTROT s’intéresse-t-il toujours
au transport du sperme ?
J.B.
: Évidemment, les adhérents du GEMTROT
souhaitent pouvoir utiliser cette technique pour faciliter le progrès
génétique
de la race et améliorer la situation économique de leur activité. Ils
ne sont
d’ailleurs pas les seuls et bon nombre d’éleveurs de l’hexagone
supportent mal
les contraintes inutiles qui leur sont imposées. Je dois préciser que
les
adhérents du GEMTROT sont des éleveurs responsables et qu’ils imaginent
la mise
en place de cette technique dans un cadre évitant tout débordement
anarchique.
TOP
TROT : Pouvez-vous me préciser ce qui motive
votre position favorable ?
J.B.
: L’intérêt de ce mode de reproduction, qui
consiste à transporter le sperme à la place des juments, est évident.
Une
analyse plus fine met en lumière les multiples avantages, à savoir :
•Au
plan social, il gomme les inégalités
géographiques et donne à tous les éleveurs les mêmes chances. Nous
savons qu’il
y aura toujours des gagnants (peu) et des perdants (beaucoup plus),
c’est la
règle du jeu, mais nous pensons qu’il est plus juste et dynamisant de
faciliter
l’accès au géniteur de son choix. La pertinence de ce choix et d’une
façon
générale la qualité de l’éleveur fera le reste.
•Au
plan sanitaire, on connaît l’excellente
barrière que constitue l’insémination artificielle aux maladies
sexuellement
transmissibles. Comment peut-on encore imposer la mise en pension d’une
jument,
venant de mettre bas et de supporter le stress du voyage avec son
poulain au
moment où les capacités immunitaires de ce dernier sont les plus
précaires,
dans un milieu au microbisme inconnu d’eux ? La paillette venant à la
jument
évite ce scénario à haut risque.
•Au
plan technique, l’insémination avec du sperme
congelé libère de contraintes horaires et permet de répondre aux
exigences de
la jument tout en assouplissant les conditions de travail.
•Au
plan économique, il est aisé de calculer
l’économie générée par la réduction du transport ne serait-ce qu’en
carburant
et temps de travail. À titre personnel, je réalise plus de
Comme
vous le voyez, les avantages sont multiples
et pèsent lourd. Ce n’est pas un hasard si 55 % des juments
françaises de
sport ont été inséminées en 2003 avec du sperme transporté et cela est
encore
beaucoup plus important si l’on ne considère que le cheval de selle
français
pour lequel 60 % des 11 927 juments ont bénéficié de cette facilité.
TOP
TROT : C’est trop beau, dans toute situation,
il faut comparer les avantages et les inconvénients. Pouvez-vous nous
éclairer
sur les points négatifs du transport de la semence ?
J.B.
: Pour être objectif, il y a quelques points
négatifs inhérents au fait que, pour transporter ce sperme, il faut lui
assurer
une longue conservation qui nécessite une réfrigération ou une
congélation dans
l’azote liquide (
•Un
surcoût dont l’ordre de grandeur est
d’environ 200 € par jument mise à
•Un
abaissement de la fertilité du sperme de 5 à
10 %. Tous les étalons ne supportent pas également les différents
protocoles
pour la conservation de leur sperme. Le sperme de certains étalons
devra être
considéré comme non congelable et l’on devra se contenter de la semence
réfrigérée qui est également transportable mais avec moins de souplesse
d’emploi. Pour d’autres étalons, il faudra n’utiliser que la semence
fraîche.
Il apparaît donc nécessaire d’adapter la technique employée aux
circonstances
et en particulier aux capacités de l’étalon en
Ce
qui est demandé : la possibilité de
transporter le sperme. Les éleveurs choisiront le mode de reproduction
le plus
avantageux selon
TOP
TROT : Ne pensez-vous pas que la simplicité
du transport du sperme ne conduise des éleveurs à s’inscrire dans
l’illégalité
?
J.B.
: Votre question est intéressante car c’est
la première objection que suggère la perspective de faciliter la
multiplication, la longue conservation et le transport du sperme
d’étalon.
Que
peut-on craindre d’illégal ? La déclaration
sous un faux nom de père ou le dépassement du quota de cartes de
saillies
alloué par étalon.
Sur
le premier point, il n’y a pas de souci à se
faire puisque tous les sujets inscrits au stud-book TF font l’objet
d’une
vérification de la filiation par analyse ADN sur des standards
internationaux.
Sur
le deuxième point, il en est de même,
puisqu’il n’y a pas de différence entre réaliser la mise en place de la
semence
dans un centre et avec des techniciens agréés sur le lieu même de la
production
de cette semence, ou bien dans un établissement similaire, ayant les
mêmes
compétences juridiques, mais proche du lieu de résidence de
•Corrélativement
à la production de semence et à sa
diffusion, il y a vente de cartes de saillies dans la limite du quota
autorisé.
Chaque carte précise en particulier 3 éléments : l’identité de l’étalon
et de
la jument ainsi que l’année.
•L’acte
d’insémination qui fait l’objet d’une
déclaration de saillie et qui, en plus, mentionne la date de
l’insémination
présumée fécondante.
•La
déclaration de naissance qui ajoute à ces
informations la date de ce dernier évènement.
En
fichier, un algorithme vérifie la cohérence de
ces données, statue sur la validité de la conception d’un produit et en
conséquence décide de son inscription. Tout le dispositif est basé sur
le fait
que ce ne sont pas des doses de semence qui sont vendues mais des
cartes de
saillies affectées à des juments identifiées pour une année. Si
l’étalonnier
dépasse le quota de cartes, il est en infraction avec ou sans transport
de
sperme. S’il est déclaré une naissance ne correspondant pas à une
carte, le
produit n’est pas inscrit. La maîtrise de la situation est totale pour
les
produits à inscrire au stud-book TF.
La
situation n’est pas la même pour les produits
s’inscrivant dans des stud-books étrangers. Avec ou sans transport de
sperme,
la situation est
TOP
TROT : Les autorités qui réglementent
l’élevage du Trotteur Français ne nient pas certains des avantages que
vous
citez, mais elles mettent en garde sur les importantes modifications de
la
filière qu’induirait la mise en place de cette technique et notamment
sur
l’avenir de la spécificité du Trotteur Français. Qu’en pensez-vous ?
J.B.
: Bien évidemment je suis attentif aux
diverses objections formulées pour justifier le refus du transport de
•«
Les produits fabriqués avec de la semence
conservée sont moins bons ». Scientifiquement l’argument ne tient pas
et
l’expérience acquise en France et à l’étranger confirme nos
connaissances
fondamentales sur le sujet. Je dois avouer que cet argument est
aujourd’hui de
moins en moins opposé, sauf par quelques irréductibles.
•Lors
de la réunion du Comité de la SECF du 9
septembre 2003, à propos de la politique de défense de
•Enfin
il est avancé que le transport du sperme
aurait pour conséquence la suppression du quota de cartes et
augmenterait
gravement
Tous
ces arguments ne sont pas fondés, car jamais
il n’est démontré de façon logique et détaillée les effets nuisibles
avancés.
Par
contre, je partage tout à fait le point de
vue que la filière reproduction TF subirait une importante évolution.
Et alors,
ce ne serait pas la première fois qu’une évolution technologique
induirait une
modification de l’organisation professionnelle d’une activité. Tout
d’abord, et
je le répète, car c’est important, c’est moins de juments sur les
routes… Évidemment,
de nombreux étalonniers se verraient contraints de modifier leurs
établissements. Le laboratoire devrait évoluer avec plus de compétences
et le
matériel qui convient. C’est ce qui justifie le surcoût à la production
de
semence évoqué précédemment. Il est prévisible que les étalonniers
disposant
d’un effectif d’étalons faible et/ou peu demandé pourraient disparaître
ou
poursuivre leur activité en monte naturelle ou semence fraîche, s’il
existe une
demande de proximité suffisante. Cette évolution serait progressive et
positive
pour la race puisque les moins bons étalons disparaîtraient et les
établissements accroîtraient leurs moyens et leurs compétences en
matière de
reproduction.
TOP
TROT : Pratiquement, comment verriez vous la
façon dont les éleveurs que vous représentez pourraient
faire reproduire leurs juments si le sperme se transportait ?
J.B.
: Il est une autre évolution dont je n’ai
pas parlé, c’est celle qui concerne la mise en place du sperme
transporté.
C’est là un point positif pour les étalonniers puisqu’ils pourraient
devenir
centres de mise en place pour de la semence qu’il n’ont pas produite.
Les Haras
Nationaux en particulier, mais non exclusivement, ont, à mon avis, un
rôle
important à jouer en la matière, avec leur maillage de l’hexagone en
stations
de monte. L’éleveur ferait ses réservations et achats de cartes comme
aujourd’hui. Il devrait préciser alors le mode de reproduction choisi
en
fonction de ce qui est proposé et le lieu où se ferait la mise en
place. Le
centre de production acheminerait, au moment opportun, les doses
nécessaires
vers le centre de mise en place. L’éleveur conduirait sa jument au
centre
choisi pour le suivi gynécologique et l’insémination. Les déclarations
du
centre de mise en place et de l’éleveur se feraient comme actuellement
et
permettraient de n’enregistrer que les produits régulièrement conçus.
La seule
nouveauté, c’est, dans certains cas, la séparation de l’établissement
qui
produit la semence de celui qui la met en place.
Avouons
qu’il est quand même plus judicieux
d’avoir à transporter quelques doses de semences, même dans l’azote
liquide,
plutôt qu’une jument et son foal de quelques jours. Une telle évolution
supprimerait un des sérieux handicaps qui pèsent dans l’immédiat sur
l’élevage
TF et à plus long terme sur l’amélioration génétique, face à la
concurrence
étrangère, qu’il faut se préparer à soutenir intelligemment.