Le mirage du clonage
Nous
prenons connaissance avec intérêt de la
prouesse technique de ces physiologistes de la reproduction équine qui
viennent
de faire naître, le 25 février dernier, PIERAZ-CRYOZOOTECH-STALLION,
clone du
fameux hongre PIERAZ champion du monde d’endurance en 1994 et 1996.
Que
penser d’un tel exploit ?
Il
s’agit en effet d’un véritable exploit
technologique que de produire un sujet génétiquement identique à un «
donneur »
adulte. L’opération consiste à prélever le génome dans le noyau des
cellules
somatiques (du corps) « du donneur » et à l’introduire dans un œuf
(ovule juste
fécondé) avant toute division cellulaire. Ensuite cet embryon est
implanté dans
l’utérus d’une jument « receveuse » préparée à cet effet. La manœuvre
est
délicate. Nous croyons savoir que le taux de réussite est faible et que
donc
l’obtention d’une naissance nécessite de nombreuses manipulations…
Nous
osons affirmer que l’intérêt économique de
cette technique est aujourd’hui minime, même s’il ne manquera pas de
clients pour
s’y lancer. De multiples arguments étayent cette thèse, à savoir :
1.
La réussite étant relativement aléatoire, la
technique mise en œuvre complexe, le coût du poulain né viable est prohibitif (sous réserve d’un
chiffrage contradictoire).
2.
Les candidats « donneurs » sont de grands
champions mais dont le réel potentiel génétique fait l’objet, à ce
stade, d’une
évaluation très peu fiable. Compte tenu de l’héritabilité des
caractères
concernés, dont l’ordre de grandeur n’est que de 25 %, bien des
déceptions sont
à prévoir…
3.
Le sujet obtenu étant théoriquement une copie
génétique du « donneur », pour lui demander de réaliser les mêmes
exploits que
ce dernier, il faudra lui fournir les mêmes conditions de milieu
(élevage,
entraînement…). Ce qui est sûr, c’est qu’il n’aura pas les mêmes
concurrents.
Compte tenu du décalage dans le temps, il est certain que ces derniers
auront
bénéficié d’un progrès génétique alors que le clone aura le niveau
(génétique)
d’un champion d’il y a une dizaine d’années dans notre cas (5 ans pour
le moins
de façon générale).
4.
Comme vu précédemment, la production de clones
ne génère pas de progrès génétique mais fixe une situation. Seul le
brassage
des gènes, conséquence de l’accouplement d’individus différents, assure
le
progrès. Une population raciale en concurrence avec d’autres doit
mettre en
œuvre un programme d’amélioration génétique performant sous peine de
disparition.
5.
Enfin, comme cela nous a été expliqué à propos
de la brebis clonée DOLLY, morte prématurément, et confirmé par
d’autres
expériences, le clone, à la naissance, aurait l’âge biologique de son «
donneur
». Il est ainsi fabriqué des « petits déjà vieux ». C’est probablement
la
raison pour laquelle les concepteurs de PIERAZ-CRYOZOOTECH-STALLION
n’envisagent pas, pour leur phénomène, la compétition mais uniquement
la
fonction d’étalon afin de suppléer l’absence de testicules de son
hongre de «
donneur » !
Notons
que si, pour un éleveur ou un propriétaire
ce mode de reproduction est plus spéculatif que techniquement efficace,
scientifiquement il n’en est pas de même. Cette démarche permet de
faire
progresser les connaissances tant au plan de la physiologie de la
reproduction
et de l’embryogenèse que des mécanismes relatifs à l’expression du
potentiel
génétique.
Nous
ne pouvons que souhaiter persévérance et
bonne continuation aux chercheurs ainsi que beaucoup de chance aux
candidats à
l’aventure !