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L'art de se faire tailler des croupières

Les étonnantes prestations de JAG DE BELLOUET, incontestable champion de sa génération, ne doivent pas nous faire oublier les résultats moyens de la population TF par rapport à ses concurrents étrangers.

 Notre attention a été attirée par trois articles vus sur le site NEWSTROT.

 Le premier, daté du 25 mai, titre : Le « français » PLUTON DU GOUTIER débute victorieusement en Suède. Son auteur, Philippe BEAUDOUX, montre avec justesse que ce valeureux compétiteur est de nationalité suédoise parce que la nationalité française lui est interdite bien qu’issu du célèbre COKTAIL JET (TF) et d’une mère, JUNON DU GOUTIER (TF), gagnante à Vincennes. La tare qui justifie, aux yeux des censeurs de la race, le rejet de ce cheval est d’avoir une grand-mère paternelle et un grand-père maternel étiquetés « trotteurs étrangers ». Notons que ces « étrangers » ont été autorisés à procréer des sujets TF. En débutant sa carrière par une victoire à Ekilstuna le 25 mai sur 2 140 m, cet intéressant cheval porte haut les couleurs de l’excellent élevage dont il est issu ainsi que celles du Trotteur Français. Triste consolation car, à l’instar de ses homologues, il participera à l’enrichissement du potentiel génétique de nos concurrents !

 Le deuxième, daté du 14 juin, titre : LEADER CHIP, un « français » en route vers le critérium des 3 ans… danois ! Ce « français » n’étant pas TF, bien évidemment. Son auteur Christian LE BARBEY révèle des cas similaires qu’il qualifie de « français d’ailleurs ». Si le père de LEADER CHIP n’est pas TF, la mère, JABOTTE D’URZY par ULTRA DUCAL, l’est bel et bien. Son bâtard de rejeton a remporté sa 2e victoire, sur trois courses, à Jägersro le 13 juin sur 2 140 m, avec une réduction kilométrique de 1’16”8.

 Le troisième, daté du 26 juillet, titre : SIMB CHAPLIN reste invaincu. Fabrice FREZET met en lumière l’influence des origines TF sur les brillants résultats d’actualité de jeunes chevaux à l’étranger. Ce fameux SIMB CHAPLIN par PEARSALL HANOVER est un 3 ans, standardbred suédois, entraîné en Finlande. Le 26 juillet, à SOLVALLA sur 2 640 m il remporte sa 11e victoire sur 11 courses, affichant l’excellente réduction kilométrique de 1’16”1 ! Précisons que l’examen de son pedigree révèle que son prestigieux grand-père maternel n’est autre qu’IDÉAL DU GAZEAU.

 Si nos concurrents étrangers utilisent avec bonheur le « sang français », ils démontrent, sur notre sol, que le potentiel génétique « pur étranger » est digne d’intérêt. Remarquons ce standardbred de 3 ans, RUSSEL NOVEMBER par GENERAL NOVEMBER, qui vient d’être magistralement victorieux dans le Prix Gallea le 23 mai sur 2 850 m, le Prix de Berlin le 1er juillet sur 2 150 m et le Prix de Rome le 22 juillet sur 2 850 m avec, respectivement, les réductions kilométriques de 1’14”0, 1’13”2 et 1’16”0. Remarquons que ces victoires le sont sur des distances qui n’ont rien à voir avec le mile. Que dire alors de la spécificité du TF, chère aux tenants de cette réglementation protectionniste, relative à sa tenue sur la distance ?

 Juste avant le bouclage du présent édito, nous apprenons que le 4 ans italien FALIERO AS, arrière petit-fils de la française ODILE DE SASSY, gagne devant OLITRO, OLIFANT, OPIUM D’ARTOIS et FIRST WISE AS dans le prix de Milan ce 29 juillet à Enghien sur 2 150 m, affichant la remarquable réduction kilométrique de 1’13”4.

 Il est malheureusement impossible de comparer objectivement et en toute rigueur le niveau génétique du TF à ses concurrents étrangers, faute de données utilisables. Cependant constatons que les résultats des compétitions ne permettent pas de mettre en évidence la supériorité d’un pays. Il nous semble, à l’image de la Suède, que de petits pays par les effectifs réalisent de grands progrès grâce, en particulier, à une pertinente sévérité dans le choix des étalons, couplée à une politique d’ouverture.

 Ce n’est pas parce que nos meilleurs géniteurs font merveille à l’étranger que l’on doit fermer la porte aux meilleurs géniteurs étrangers. La politique de fermeture actuelle du livre conduit à un appauvrissement relatif de la population TF par rapport aux populations étrangères qui utilisent les meilleurs, quelle que soit leur nationalité. L’intérêt de l’ouverture est double. Elle offre le bénéfice d’un apport extérieur de gènes de qualité mais aussi l’opportunité de créer de nouvelles et originales combinaisons. La race TF est ainsi privée d’excellents sujets, alors que nos éminents concurrents sont de plus en plus récompensés par un pragmatisme efficace.

 En la matière, la France va très loin dans son entêtement ridicule et pénalisant. Non contents de fermer le livre et donc de faire perdre à la race les bénéfices des meilleurs géniteurs étrangers, les censeurs du stud-book TF éliminent certains sujets dont les deux parents sont TF, au prétexte qu’ils véhiculent quelques gènes étrangers en provenance des grands-parents. Le ridicule est que ces sujets bannis ne portent pas plus de gènes étrangers que leurs parents qui sont TF ! Rappelons que le règlement qui induit ces exclusions dispose : Est inscrit automatiquement…tout produit…L’un au moins de ses deux auteurs doit être issu de deux parents inscrits à la naissance au stud-book du trotteur français.

 Nos présents propos ne révèlent que très partiellement la faiblesse de l’ensemble des dispositions relatives à l’élevage du Trotteur Français. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que les faits deviennent suffisamment éloquents afin d’induire le changement d’une telle politique ? Espérons qu’il ne soit pas trop tard…

Le Président, Jacques BOULLY  (AtouTrot N°10 de juillet 2006)