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Trop de règles… dérègle le trot !

Penser que tous les problèmes de la corporation seront résolus en empilant des règlements pour se façonner une bulle protectrice est, à notre humble avis, une bien triste utopie. Nous savons ce que deviennent ces ambitieux projets contre nature. Lorsqu’ils rendent l’âme, les dégâts sont déjà trop importants pour redresser aisément la situation…

Le plan cadre 2005-2015, arrêté par le Comité de la SECF le 23 septembre dernier, ajoute une couche supplémentaire à une réglementation de l’élevage du Trotteur Français, déjà désuète, injuste et dangereuse pour son avenir.

Est-t-il pertinent de décréter la réduction des effectifs ? Les critères retenus sont-ils les plus efficients ? Nous ne le pensons pas.

C’est la raison pour laquelle nous avons sollicité un entretien auprès du Président de la SECF pour lui exposer ces critiques sur la politique d’élevage actuelle. Il nous a été demandé d’adresser un dossier, ce qui a été fait par e-mail et par poste, le 12 novembre 2004. Il y est expressément demandé :

•L’autorisation de transporter la semence à la place de la jument. Cette disposition ne modifie en rien les principes de l’inscription des produits. Elle confère une égalité des éleveurs, en gommant les contraintes géographiques et induit d’importantes économies sur le plan du transport et de la pension. De plus, elle favorise l’amélioration génétique.

•L’ouverture du Livre afin de permettre les échanges entre stud-books homologues. Il n’existe pas de population animale capable de soutenir une concurrence sans échanges de gènes. L’accroissement de la variabilité et le brassage génétique de notre population représentent des atouts supplémentaires dans la compétition internationale.

•L’arrêt de la politique de réduction des effectifs. Cette orientation induit des effets pervers non mesurés. Elle amoindrit notre capacité au progrès génétique. Elle brise le dynamisme de la majorité des éleveurs dont la contribution à la vie de la filière est sous-estimée. L’adéquation des moyens aux allocations devrait se faire, entre autres, en régulant le nombre de compétiteurs et la répartition de ces allocations.

•La suppression de cet imbroglio de critères de sélection. Ils sont immoraux et génétiquement peu efficaces car ils sélectionnent davantage certains élevages que les reproducteurs. Le seul critère à retenir, en la matière, est un indicateur génétique de synthèse qui a déjà fait ses preuves dans d’autres espèces animales. La pression de sélection doit viser raisonnablement les étalons et faire preuve de beaucoup plus de souplesse pour les juments.

À toutes ces objections, il nous a déjà été opposé la spécificité du Trotteur Français. Il faudra beaucoup chercher pour la lui trouver ! Sur la ligne de départ d’une course européenne il n’y a que des trotteurs et sur la ligne d’arrivée il y a un vainqueur, un deuxième… et un dernier. Le Trotteur Français n’échappera pas à la confrontation. Faisons en sorte que notre spécificité ne soit pas notre infériorité. Arrêtons le patchwork de la réglementation qui se complaît dans l’interdiction. La voie d’avenir la plus sûre est de tout mettre en œuvre pour améliorer le potentiel génétique de notre cheval tout en acceptant la compétition, sans oublier d’encourager le dynamisme de l’ensemble des acteurs de la filière.

Jacques Boully (décembre 2004)